La France veut un plein retour dans l'Otan d'ici la fin 2008
Jeudi 3 Avril, 17h00
BUCAREST (Reuters) - Nicolas Sarkozy a fixé à 2009 l'échéance pour les décisions sur le retour de la France dans la structure militaire intégrée de l'Otan en échange d'un renforcement de la défense européenne appuyé par Washington.
Le président français a exposé lors du sommet de l'Alliance atlantique à Bucarest ses ambitions pour cet objectif annoncé peu après son arrivée au pouvoir, mais la stratégie de communication de l'Élysée a quelque peu semé la confusion.
Dans le texte de son intervention devant les alliés et dont son entourage assurait qu'il avait été prononcé, Sarkozy se montrait très précis en ce qui concerne le calendrier.
"À l'issue de la présidence française (de l'Union européenne, au deuxième semestre de 2008), le moment sera venu de conclure ce processus et de prendre les décisions nécessaires pour que la France prenne toute sa place dans les structures de l'Otan", pouvait-on y lire.
Le chef de l'État semblait donc fixer une échéance à la fin de l'année pour progresser sur l'Europe de la défense et trouver un arrangement avec ses partenaires de l'Otan.
À l'arrivée, le discours vraiment prononcé est plus vague.
"Nous avons besoin de l'Otan et de la défense européenne", a-t-il dit devant ses pairs. "Cela ouvre la porte pour la France à une rénovation forte de ses relations avec l'Otan. Je ne le dis pas ici avant de le dire chez moi. J'ai affronté des débats chez moi pour venir le dire ici", a-t-il dit.
TOURNANT HISTORIQUE
Nicolas Sarkozy a ensuite précisé que l'échéance était en réalité le sommet de l'Otan qui se déroulera au printemps 2009 à Strasbourg et à Kehl, sur la frontière entre la France et l'Allemagne, à l'invitation des deux pays.
"Laissons cheminer l'Europe de la défense et nous continuerons à cheminer vers l'Otan. Je le redis : ce sont les deux en même temps, pas l'un ou l'autre. Attendons le sommet", a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse.
Cela ne change toutefois rien sur le fond: Nicolas Sarkozy est prêt à renoncer à la politique du général de Gaulle, qui s'est retiré de la structure intégrée de l'Alliance atlantique en 1966 pour protester contre la domination américaine.
C'est que les États-Unis ont selon lui changé et les gages donnés par la France, qui a annoncé jeudi l'envoi de 700 hommes supplémentaires en Afghanistan, où ils combattront à la frontière pakistano-afghane aux côtés des troupes américaines, ne sont pas étrangers à cette bonne volonté.
"Le président des États-Unis a fait une déclaration ce matin sur la nécessité de l'Europe de la défense en complément de l'Alliance qui était à mon avis un tournant historique dans la politique des États-Unis d'Amérique", a-t-il déclaré.
L'entourage de George Bush a confirmé qu'il avait souligné que "l'Union européenne (devait) être un acteur important sur la scène mondiale, y compris en matière de sécurité".
Le contexte n'est plus du tout le même qu'en 1995, lorsque Jacques Chirac avait déjà exprimé la même intention que Sarkozy.
À l'époque, Chirac avait en effet exigé que le commandement Sud de l'Otan, basé à Naples, soit confié à un officier européen.
Les États-Unis s'étaient braqués puisque le commandant à Naples - américain depuis 1949 - a aussi autorité sur la VIe Flotte américaine qui croise en Méditerranée.
RÉTICENCES BRITANNIQUES
L'autre exigence de Jacques Chirac, qui voulait créer un pilier européen de défense "autonome" de l'Otan, avait aussi suscité une opposition féroce à Washington, même si Tony Blair s'était engagé en 1998, lors du sommet franco-britannique de Saint-Malo, à renforcer l'Europe de la défense.
Paris a désormais abandonné l'idée de revendiquer Naples et Sarkozy refuse toute concurrence entre l'Europe et l'Otan.
Mais il reste de puissants obstacles britanniques.
Depuis Saint-Malo, le Royaume-Uni s'est montré peu empressé, comme en témoigne son refus de débloquer un budget conséquent pour l'Agence européenne de la défense, censée mettre en commun les projets, par exemple pour les blindés.
Il continue également à freiner des quatre fers sur la montée en puissance de l'embryon de "quartier général" européen chargé de piloter les opérations de maintien de la paix que les Européens mènent sans l'Otan, comme au Congo ou au Tchad.
L'actuelle structure de commandement et de contrôle ne dispose que d'une poignée d'officiers et, pour chaque opération, il faut construire une cellule que l'on démantèle ensuite.
Londres soupçonne toujours la France de vouloir créer un quartier général rival du Shape de l'Otan, ce que Paris dément.
Il faudra en outre faire de la place pour accueillir les officiers français, qui sont 120 à peine à être "insérés" - pas "intégrés" - à l'Otan, et cela se fera aux dépens des quelque 2.000 officiers dont disposent l'Allemagne et le Royaume-Uni.
Enfin, la Turquie dispose d'un droit de veto sur la coopération entre l'Otan et l'UE et la position de Nicolas Sarkozy, qui estime qu'elle n'a pas sa place dans l'Union, n'est pas de nature à l'inciter à se montrer souple.
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